Urbanisme et Aménagement

2 mai 2013

Baltard et Labrouste, orfèvres de la fonte

Publié par Eric RAIMONDEAU dans Architecture

LE MONDE | 30.10.2012 à 14h30 • Mis à jour le 31.10.2012 à 16h34Par Frédéric Edelmann

Anonyme, Les Halles, vue prise des galeries de l'église Saint-Eustache, estampe couleur - Paris, Collection Debuisson.<br />
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<p style=Deux architectes parisiens aux existences gémellaires, Victor Baltard (1805-1875) et Henri Labrouste (1801-1875), se voient simultanément honorés par deux expositions majeures. L’oeuvre du premier, le plus connu parce qu’il conçut les halles de Paris, stupidement détruites en 1972 et qui restent indissolublement liées à son nom – Baltard – dans la mémoire collective, est présentée dans les nouvelles salles du Musée d’Orsay. Henri Labrouste, auteur entre autres de la Bibliothèque nationale, rue de Richelieu, à Paris – plus familier d’un public érudit, mais dont l’oeuvre en est d’une importance comparable -, est aujourd’hui l’hôte de la Cité de l’architecture et du patrimoine.

Deux expositions remarquables, chacune dans son genre, par les documents qu’elles présentent et par leur muséographie. Selon son degré de familiarité avec l’histoire des monuments et de la construction, le visiteur les avalera joyeusement l’une après l’autre, ou reprendra son souffle entre les deux. Manière de ne pas mélanger ces grandes figures dont les statues pourraient orner un temple aux mânes réunies de la pierre néoclassique et de l’invention de l’architecture métallique.

C’est un hasard si les deux rétrospectives ont lieu simultanément. Un hasard heureux, car il permet de comprendre au mieux ce moment charnière et complexe où la construction se dégage des carrières traditionnelles pour se rapprocher des hauts fourneaux et des fonderies.

Henri Labrouste, au chevet duquel se sont activés l’Américain Barry Bergdoll (du MoMA de New York) et les Français Corinne Bélier (Musée des monuments français) et Marc Le Coeur (Bibliothèque nationale), commença par mettre la pagaille dans les certitudes de ses contemporains, alors qu’il était pensionnaire à la Villa Médicis.

Grand Prix de Rome en 1824, il provoque une belle polémique en France lorsqu’il envoie son projet de restitution du temple de Paestum (temple grec du sud de l’Italie). A tort ou à raison – la querelle fait aujourd’hui sourire -, il propose une vision de l’Antiquité non plus ancrée dans l’éternité, mais ancrée dans son site et son contexte historique. La porte est-elle ouverte à l’interprétation, voire à l’extravagance ?

Labrouste, plus raisonnablement, se nourrira de ses années romaines pour créer un vocabulaire enrichi de ses rencontres archéologiques, tout particulièrement étrusques. Cela pourra se lire dans sa conception de la bibliothèque Sainte-Geneviève à Paris (1838-1850), un chef-d’oeuvre où il met à l’unisson un vocabulaire classique et la capacité du métal à projeter avec grâce les voûtes vers les cieux.

La même cause produit les mêmes effets dans le dessin, pourtant très différent, de la salle de lecture et des magasins qu’il dessine pour la Bibliothèque impériale, future Bibliothèque nationale (1854-1875). Les dessins de Labrouste sont d’une beauté à couper le souffle : qu’il fasse revivre Pompéi, s’inscrive précocement comme inspirateur de Michel Foucault (avec un hospice à Lausanne, une prison centrale ou une colonie agricole), participe au concours pour le tombeau de Napoléon Ier ou se fasse le héraut de l’empereur en organisant la cérémonie du retour des cendres en 1840.

L’exposition, qui bénéficie d’une mise en scène inutilement précieuse, mais efficace par sa scansion, laisse un bel espace à la postérité de Labrouste, inspirateur, professeur et modèle de toute une génération qui voit en lui un libérateur des formes et des structures.

Prix de Rome lui aussi, où il apprit autant de la peinture que de l’architecture et se lia avec Hippolyte Flandrin, futur complice de ses grandes oeuvres parisiennes, Victor Baltard participa aussi au concours pour le tombeau de Napoléon aux Invalides. Là où Labrouste avait rêvé d’une sorte de pavois sombre et magnifique, Baltard remporte un Premier Prix, pour un projet de crypte qui ne vaudra pas autorisation à construire, et sera donnée finalement au catafalque de porphyre de Louis Visconti.

Architecte des halles centrales en 1845, Baltard, révélé par Alice Thomine-Berrada, commissaire de l’exposition à Orsay, aidée par une scénographie chic mais sobre, devient en 1848 responsable de l’Hôtel de Ville et des églises de Paris, puis des fêtes municipales en 1853 : lourdes charges qui drainent avec elle leurs exigences et leur poids d’honneur.

Dans l’épopée des Halles, il apprend sur le tas quelle est la part vraie du maître d’ouvrage dans un pareil projet, à la fois architectural et urbain : en 1853, alors que le chantier a démarré depuis deux ans, Napoléon III découvre et refuse la monumentale façade de pierre imaginée par Baltard. Ce monarque singulier qui sut être grand, mais que Victor Hugo baptisa Napoléon le Petit, imposa à l’architecte des références plus lisibles et limpides, telles qu’elles avaient cours en Angleterre. Les halles de Paris, qui seront achevées en 1870, prennent dès lors l’allure qu’on leur connaîtra pendant un siècle tout juste, jusqu’à leur démolition. La place manque pour citer tous les coupables de ce carnage architectural. Seule survit, avec un des pavillons sauvé par la ville de Nogent-sur-Marne, la légende persistante des halles de Baltard, riche de leur imagerie populaire et culturelle, et le souvenir, étonnamment présent, de ces structures métalliques entourées de maçonnerie, rangées avec intelligence dans la ville du baron Haussmann, ami parfois sourcilleux de l’architecte.

Pour éviter l’usage des tirants qu’il juge peu fiables, Baltard a assuré la rigidité des grandes portées par d’importantes consoles. Aussi bon dessinateur qu’architecte, soucieux des questions ornementales, il travaille avec perfection ces éléments de fonte. Et c’est avec le même talent qu’il supervisera pendant plus de trente ans le décor des églises paroissiales de la capitale, en particulier celui de Saint-Germain-des-Prés conçu avec son camarade Flandrin.

Le décor, mais aussi parfois l’enveloppe : ce sera le cas de l’église Saint-Augustin, étrange nef gothique dépourvue d’arcs-boutants, dont l’emplacement se plie difficilement aux règles de la perspective, quand, à l’intérieur, ses voûtes présentent à l’inverse un lumineux équilibre. Baptisée « Le fer et le pinceau », l’exposition livre elle aussi une belle série de documents – peintures et dessins, photographies en abondance, et même une rare maquette, un pavillon restitué pour l’édification des constructeurs de l’époque : comme Labrouste, Baltard a en effet eu quantité d’émules.

Avec ces rétrospectives, les deux hommes rejoignent enfin leur cadet Viollet-le-Duc (1814-1879) qui, dès 1980, était entré au Panthéon des architectes avec une mémorable exposition au Grand Palais. On est ici au même niveau, exceptionnel pour l’architecture.

« Henri Labrouste (1801-1875). La structure mise en lumière » - Cité de l’architecture et du patrimoine – Palais de Chaillot – 1, place du Trocadéro – Paris 16e - Mº Trocadéro – Tél. : 01-58-51-52-00 – Tous les jours sauf le mardi de 11 heures à 19 heures, le jeudi de 11 heures à 21 heures – De 5 euros à 8 euros – Jusqu’au 7 janvier 2013.

« Victor Baltard (1805-1874). Le fer et le pinceau » - Musée d’Orsay – 5, quai Anatole-France – Paris 7e – Tél. : 01-40-49-48-14 – Tous les jours sauf le lundi de 9 heures 30 à 18 heures, le jeudi de 9 heures 30 à 21 heures – De 6,50 euros à 9 euros – Jusqu’au 14 janvier 2013.

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